samedi 8 janvier 2011

"Imaginer, c'est s'absenter, c'est s'élancer vers une vie nouvelle."
Gaston Bachelard, L'air et les songes
Il ajoute également au tout début de son livre que "Par l'imagination, nous abandonnons le cours ordinaire des choses.". Pour ce philosophe plus accessible qu'aucun autre à l'esprit simple que je suis, l'imagination est "la faculté de déformer les images fournies par la perception".
En effet, combien de vies me suis-je inventées pour ensuite attribuer mes merveilleuses aventures ainsi vécues à une foule d'héroïnes de papier qui me ressemblent vaguement ?
Tout autour de moi devient un prétexte pour imaginer une nouvelle péripétie, une nouvelle rencontre amicale ou hostile, un monde parallèle, un vêtement, un don soudain... : il me suffit d'une oeuvre, d'une personne croisée dans la rue, d'une chanson ou de robes exposées dans une vitrine.
J'aime façonner ce qui m'entoure, lui faire épouser mes aspirations. Ainsi naît un monde nouveau dont la possibilité même est rattrapée par cette réalité un peu grise, faux obstacle ou simple prétexte à une imagination sans bornes.
Lorsque l'histoire, la confrontation ou la robe que je m'imagine me tient trop à coeur, elle demeure mienne. Dans le cas contraire, il me suffit de la laisser à un personnage de papier, qui a certains de mes défauts et quelques-unes de mes qualités, et elle pourra suivre son cours en toute indépendance.
Sans doute notre façon de faire plier dans notre esprit ce réel qui se refuse à notre volonté révèle trop bien nos rêves, éloignés de ce qui peut ou doit être, de ce qui est accepté ou considéré comme raisonnablement envisageable.
C'est pourquoi je préfère en général garder mes déformations pour moi, de peur d'être jugée. Et tant pis pour ceux qui prétendent bien me connaître mais me jaugent, si mes princes charmants se parfument au thé à la violette ! Ils ne le sauront jamais...
Violettement vôtre...
Anne Quent

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